Syndrome de la page blanche : un faux problème

\ Petits bobos de l’écriture digitale et grands remèdes /

Quoi de pire que ce petit curseur qui clignote sur notre écran blanc ? Ou la vision de soi-même, le stylo dans la main, les yeux dans le vide, une feuille désespérément blanche posée sur la table. 

Ce blanc que l’on a envie de noircir le plus vite possible pour faire taire cette petite voix intérieure : « peut-être que tu devrais lâcher l’affaire, l’écriture c’est pas ton truc ». 

C’est généralement à ce moment-là que l’on part en quête de bonnes astuces pour « se mettre à écrire ». On serait presque tentés d’invoquer les dieux du blogging pour recevoir l’inspiration qui nous fait défaut. Mais sans aller jusque-là, notre bonheur se trouve à un click. 

Dans le champ de saisi, une requête : « le syndrome de la page blanche ». 

Sommaire

Le « syndrome de la page blanche » : un concept vague et en vogue

En tant que formatrice et entrepreneure dans le vaste domaine de la communication digitale, j’ai lu pas mal d’articles à ce sujet. Rédiger du contenu à mon tour me semblait une bonne option. Au moment d’initier la phase de conception de mon article, j’ai cherché la définition de ce fameux syndrome, une histoire de précision. 

C’est à ce moment-là que mon hypothèse de départ s’est confirmée : le concept du « syndrome de la page blanche » est de plus en plus galvaudé. Cela fait maintenant quelques années que tout le monde en fait usage. Pas étonnant que nous nous voyions tous en pauvre victime de ce méchant syndrome !

Fais une requête sur les moteurs de recherche et regarde ce qui sort. Que nous soyons entrepreneurs blogeurs ou écrivain de romans, une joyeuse farandole d’articles nous livrent leurs supers astuces pour doper notre inspiration : « Mettez vos baskets et sortez prendre l’air », « stoppez net en plein élan, Hemingway le faisait ! », « forcez-vous à écrire », « Eteignez votre portable », « Changez d’environnement », « Partez en week-end », « Ne soyez pas perfectionnistes », etc.

A force de nous livrer les mêmes conseils que ceux que l’on livrerait à un auteur de best-sellers, on a tendance à penser qu’écrire un article de blog rime avec talent et imagination fertile.

Résultat : la pression est telle qu’elle nous paralyse, et on tombe inévitablement dans la production de « l’article en série » : les mêmes idées, selon un même modèle. Un moyen d’éviter le flop, une sorte de zone de confort.

N’as-tu jamais eu l’impression d’avoir lu un article et de les avoir tous lus ? On ne peut pas dire que l’originalité et la singularité se fassent ressentir sur la toile (pas celle du peintre). La tendance est plutôt à la paraphrase et à l’uniformisation de l’offre de contenus.

Et si tu penses que j’exagère, je t’invite à noter les idées des 8 premiers articles qui ressortent sur la requête « syndrome de la page blanche ». C’est édifiant. Que l’on s’adresse à l’écrivain ou au blogueur, ce sont les mêmes recettes à chaque fois.  De quoi agacer singulièrement le lecteur en quête de vraies réponses. 

Lectrice cherche désespérément article à forte valeur ajoutée

Derrière la rédaction d’un article, il y a deux enjeux fondamentaux :

  • offrir du contenu utile à forte valeur ajoutée 
  • se démarquer de la concurrence 

Au risque d’en décevoir quelques-uns, tu n’es ni Hemingway, ni peintre, ni compositeur. Tu crées du contenu pour ta marque. Ce n’est ni une toile, ni un roman ni une partition qui attend ton énergie créative. C’est une ligne éditoriale conçue pour satisfaire les internautes et montrer ton expertise dans un domaine précis.

Tu n’es pas un artiste au service de l’œuvre. Tu es un artisan des mots au service de ta marque. Ce n’est donc ni le talent ni le génie qui te manquent, c’est la créativité.

Que signifie être créatif ?

C’est en assaisonnant ton écriture d’une bonne dose de créativité que tes articles attireront l’attention des lecteurs et contribueront à asseoir la notoriété de ta marque.

Creativite

« Soyez créatif ! », c’est d’ailleurs l’une des recommandations qui apparaît dans les articles sur le syndrome de la page blanche. Ça nous fait une belle jambe, surtout si l’on confond créativité et génie. De quoi mettre encore plus la pression !

Être créatif ne signifie pas inventer quelque chose à partir de rien. Quiconque aurait cette ambition serait vite confronté à cette réalité : tout existe. Dans son documentaire, David Eagleman explique justement comment ont lieu les processus créatifs de notre cerveau. L’idée majeure qui en ressort est très inspirante : créer consiste à remodeler ce qui existe déjà. C’est une sorte de technique d’assemblage de concepts, de matériaux, de contextes.

Que fait Marie Kondo – la reine du rangement – en dehors d’encourager les gens à mettre de l’ordre dans leurs armoires et à faire leur lit ?

Elle mélange les concepts. Tout y est : les techniques pour gagner de la place (vieilles comme le monde), la philosophie fen-shui, la méditation (tout le monde connaît), le nettoyage de karma (le tri quoi). Lorsque le concept est apparu, il a été perçu comme novateur et a rencontré un succès fulgurant dans une société en mal de simplicité et de bon sens.

Concevoir le monde des idées comme un immense self-service de ressources pour fabriquer du neuf. Voilà une approche de la créativité plutôt sympa ! 

Trois leviers pour remodeler le paysage

Même si tu as ton  idée du message que tu souhaites livrer à tes lecteurs avant même de concevoir ton article, ton point de départ, ce sont les contenus déjà écrits sur un sujet

Pourquoi est-ce que c’est si important d’aller jeter un œil sur l’offre existante? Tout simplement car tu dois connaître les intentions de recherche qui se cachent derrière une requête. Est-ce que les internautes cherchent à savoir ce qu’est le syndrome de la page blanche ? Est-ce qu’ils souhaitent connaître l’origine de ce phénomène ? Ou est-ce qu’ils sont en quête de conseils et astuces pour surmonter leurs blocages en situation d’écrit

L’objectif étant de concilier contenu inédit et original et réponse à une demande.  

Pour clarifier les intentions de recherche, je te livre une technique artisanale, certes, mais redoutablement efficace.

Saisis ta requête et observe ce qui apparaît en première page des résultats. Ta mission consiste alors à obtenir une vue d’ensemble de cette offre existante, selon deux critères : 

  • La méta description : elle correspond au message essentiel de l’article et peut te donner des indications sur l’angle depuis lequel le sujet est traité. 
  • Les titres (balises H1, H2, H3) : du titre principal aux intertitres, ces informations te donneront un aperçu de la structure selon laquelle le contenu est servi. 

A ce titre, tu disposes d’un outil génial pour obtenir une vue d’ensemble de ces paramètres : Thruuu.

Prenons l’exemple du « syndrome de la page blanche » : 

syndrome-page-blanche

Si nécessaire, n’hésite pas à cliquer sur l’article et à balayer le texte (sommaire ou intertitres) pour détecter la teneur du message et donc, l’intention qu’il rejoint. 

Voilà, au regard de toutes ces informations, tu obtiens une photographie des intentions de recherche. Tu vas, à ton tour, t’attacher à y répondre. Mais à TA manière et en faisant ressortir TA marque de fabrique. 

A partir de là, tu peux jouer sur trois leviers pour tirer ton épingle du jeu et offrir du contenu neuf, original et qualitatif :

  • l’angle d’attaque
  • la structure
  • les idées

L'angle d'attaque

L’angle est un fondement de l’écriture journalistique ; c’est une manière assumée et originale de traiter un sujet. Il aide à sortir des sentiers battus en offrant un contenu inédit.

Un bon angle résulte de la posture créative du rédacteur. A toi, donc, de juger si un sujet pourrait être traité différemment de la manière dont il est traité dans ce qui existe déjà.

C’est le cas de l’article que tu es en train de lire (tu es toujours là ?!). Celui-ci tente une approche différente du syndrome de la page blanche.

Ici, l’angle d’attaque consiste à parler aux professionnels qui écrivent pour un blog. Le message qui leur est adressé est : « vous ne souffrez pas du syndrome de la page blanche ».  Pourquoi ce pas de côté ? Parce que l’on part du principe que les enjeux de l’entrepreneur qui tient son propre blog ou du rédacteur web ne sont pas les mêmes que ceux d’un artiste. Voilà pourquoi on n’applique pas les mêmes recettes.

Tu me suis ?  

Attention, l’idée n’est pas d’être original à tout prix et de se retrouver aux antipodes des intentions de recherches des lecteurs. Il s’agit simplement d’apporter un nouvel éclairage sur une vraie question qu’ils se posent : « comment libérer ma créativité et écrire de manière plus fluide ?”

La structure

Structurer un article consiste à dérouler les idées d’un message selon une logique bien spécifique. L’outil utilisé pour appliquer cette logique est le plan. Le rédacteur de contenus dispose d’un choix de plans pour le guider dans son raisonnement et livrer son message avec cohérence.

La plupart des contenus écrits sur la thématique du syndrome de la page blanche utilise un plan énumératif. La structure est simple, il s’agit d’énumérer (éventuellement) les causes du syndrome, puis les techniques pour le surmonter, les unes derrière les autres.

Le présent article opte pour un plan qui se rapproche du plan analytique : d’abord, il contextualise le propos en exposant des faits. Puis, il clarifie le concept de créativité. Enfin, il propose des méthodes et des outils pour libérer la créativité.

Les idées

Les idées maitresses apparaissent clairement sur le document que vous avez créé à partir de l’outil Thruuu. Quelles sont-elles ? Comment innover ?

Le fait de changer d’angle et de structurer votre message selon un plan différent conduira forcément à la formulation de nouvelles idées.

Mais tu peux aussi conserver la même structure et le même angle que les autres articles, pourquoi pas. A ce moment-là, joue simplement sur les propositions : offre des solutions toute neuves ! Comment ?

Ah, nous y voilà. En travaillant.

Se documenter

« Le génie est fait d’un pour cent d’inspiration et de quatre-vingt-dix-neuf pour cent de transpiration. »

Thomas Edison

Voilà qui est dit.

Sur la base de ce raisonnement, le syndrome de la page blanche n’a plus aucune raison d’être. En effet, le travail de fond qui consiste à te documenter est ton meilleur allié pour vaincre l’engourdissement mental et noircir activement le papier ou l’écran.

Par ailleurs, cette étape est cruciale pour apporter cette fameuse valeur ajoutée. Quel est l’intérêt de livrer un pot-pourri de toutes les idées existantes ? Tu connais la réponse.

Tu vas donc devoir te retrousser les manches et mettre ta casquette de « dénicheuse de bonnes idées ».

denicher-bonnes-idees

Bien sûr, tu as tout loisir de t’inspirer de ce qui est déjà écrit. C’est une base. Puis, tu vas puiser dans les ressources à ta disposition. Je te donne quelques pistes :

  • Wikipédia
  • Les articles de blog sur des sujets connexes au vôtre
  • Les bibliothèques numériques telles que Scribd.com (livres, documents pdf, podcasts, magazines)
  • Les présentations power point (SlideShare)
  • Les études scientifiques (Google Scholar)
  • Les commentaires de blog à la suite d’un article sur le sujet que vous traitez
  • Les professionnels de votre thématique ou d’une thématique connexe (entretiens)

Et pendant que tu seras occupée à fouiner, tu en oublieras ce sentiment de paralysie. Car tu seras dans l’action !

Se libérer des exigences du "bien écrire"

Le problème que tu rencontres lorsque les mots ne viennent pas, c’est que tu veux absolument utiliser un langage qui ne t’est pas naturel.

Erreur.

D’abord, tu rédige ce que tu as à dire, ce qui implique d’écrire comme tu parles. Ce n’est qu’une fois les idées formulées que tu sors l’artillerie lourde et que tu chiades ton texte jusque dans les moindres recoins. 

N’oublie pas : tu es un artisan des mots et des idées au service d’une marque. Et un bon artisan possède les bons outils.

artisan-bons-outils

Retiens une chose : si tu penses que ta maitrise de la langue française est défaillante, n’en fais pas un frein pour écrire le message que tu as à livrer. Evite de mettre à plat ta confiance et rédige spontanément. Le travail de relecture servira lui aussi à polir les aspérités afin d’obtenir un contenu pétillant et efficace.

Sur la forme, le principe est toujours le même : tu remodèles à partir d’une base. Ta base, c’est un texte livré en vrac, écrit comme tu penses et comme tu parles. Puis, tu t’appuies sur les techniques d’écriture et de relecture pour rendre le contenu stylé, vivant et dynamique.

J’espère que cet article t’aura permis de mieux comprendre les enjeux qu’il y a derrière l’écriture d’un article. A partir de maintenant, tu disposes d’une méthode et de plusieurs outils pour être dans l’action et esquiver les situations de blocage.

Et toi, comment procèdes-tu pour écrire tes articles et combattre les blocages ? 

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